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23°21'S, 43°38'E

La plage de la Batterie présente un phénomène qui à défaut d'être unique (on peut le retrouver à Belalanda, à Androka ou dans le Nordeste brésilien) est plutôt rare.

Extraits de thèse repris dans

Lebigre, J.M., 1997.- Les marais à mangroves du Sud-Ouest de Madagascar - Des palétuviers et des hommes au pays des épines. In : Milieux et sociétés dans le Sud-Ouest de Madagascar. Talence, CRET et DyMSET, Collection "Iles et archipels" n° 23 : 135-242.

 

2. Un phénomène exceptionnel : une mangrove perchée sur dune

 

            La dune qui borde le flanc occidental de la mangrove de la Batterie présente un couvert très lâche de palétuviers (fig. 99). Ce phénomène particulier quoique très ponctuel, mérite qu'on s'y arrête.

 

MAD Batterie 2009 GEy60

Image Google Earth

             Son origine est vraisemblablement liée au recouvrement éolien, qui se poursuit encore aujourd'hui, du chenal le plus occidental de la mangrove de la Batterie. Un fait fondamental s'impose en effet : Avicennia peut survivre à l'ensablement comme on l'observe sur le flanc de la dune duquel dépassent les frondaisons des palétuviers les plus récemment touchés par le sable.

 

Mad Toliara3 JML 097R

 

            On peut donc penser que les Avicennia marina que l'on découvre au sommet de la dune ne sont en fait que la partie sommitale des palétuviers les plus grands après l'enfouissement de leur partie inférieure : "...seuls quelques rameaux émergent du sommet de la dune, promis à un enfouissement prochain..." pouvait écrire H. Weiss en 1972. Seize ans plus tard, les "rameaux" ne sont toujours pas enfouis; mieux, ils restent vivaces, fleurissent et donnent des fruits ! Il faut donc se résoudre à penser soit qu'il s'agit d'un développement des palétuviers enfouis, ce qui serait déjà un phénomène exceptionnel, soit de palétuviers plus jeunes établis sur la dune à partir de plantules issues des arbres enfouis ce qui serait tout aussi extraordinaire.

 

MAD Toliara JML 01R

 

            L'examen des arbres incriminés montre qu'ils poussent aussi bien sur les flancs qu'au sommet de la dune (+ 8 à 10 m), à un niveau équivalent à celui des cimes des Avicennia les plus grands de la mangrove située en contrebas (fig. 100). Par ailleurs, là où l'érosion éolienne déchausse leur système racinaire, apparait alors un étagement de racines subhorizontales munies de pneumatophores non fonctionnels, comme si les arbres étaient montés en même temps que la dune, par paliers successifs. Si tel est le cas, cela prouverait les formidables capacités d'adaptation de ce taxon à un milieu radicalement différent de son milieu d'origine, et confirmerait la première hypothèse émise dans le paragraphe précédent.

 

Av sur dune JML

FIGURE 100 : Essai de reconstitution de l'évolution des peuplements d'Avicennia marina sur dune de la figure précédente :

A. La dune recouvre progressivement le marais

B. Quelques Avicennia subsistent et continuent à se développer en hauteur malgré le sable qui devrait provoquer leur asphixie; le ravitaillement en eau a lieu au niveau de la nappe

C. A chaque stade de nouvelle accumulation de sable se crée un niveau racinaire à pneumatophores non fonctionnels; ces niveaux racinaires permettraient aux palétuviers de récupérer une partie de l'eau des précipitations

D. La dune continue à avancer dégageant les parties enfouies des Avicennia

Tag(s) : #Madagascar

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