Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Entre l'estuaire de la Betsiboka et la baie de la Mahajamba, la côte, rectiligne, présente deux échancrures barrées par des flèches littorales : ce sont les lagunes de la Mahamavo et d'Antsena (ou Mariarano). Chacune d'entre elles est couverte par des mangroves d'environ 2 000 hectares auxquelles s'ajoutent de grandes prairies marécageuses. Assez intensivement exploitées, elle présentent des caractères très semblables. Nous nous intéressons à la seconde qui a fait l'objet d'une étude de terrain en 1988 (Lebigre, 1990 : le présent texte en présente des extraits) puis d'une récemment d'une intéressante thèse (Andriamalala, 2007).

 

La lagune d'Antsena se trouve à l'embouchure de deux petits fleuves, la Mariarano et l'Ambondro dont le bassin-versant couvre environ 500 km2. Au sud, la lagune butte sur un des plus beaux karsts de Madagascar, le Mahetsadroy, caractérisé par des dépressions fermées très vastes (jusqu'à 2 km2) et profondes d'une soixantaine de mètres maximum. Mis à part le bourg de Mariarano (à peu près 3 000 habitants), cette région forestière est peu peuplée. Au N.-E. la carapace sableuse forme un plateau culminant à 89 m, également enforesté. Enfin à l'ouest, des accumulations de sables grossiers et des graviers très émoussés de couleur blanche peuvent être confondus avec des dunes tant leur modelé est vigoureux (en particulier près du village d'Andramandoro où ils forment un promontoire d'une dizaine de mètres de haut s'avançant dans la mangrove). Il s'agit en fait du produit de l'altération des grès pliocènes qui affleurent au sein même du marais maritime.

 

La salinité semble subir de fortes variations. En saison sèche celle de la partie ouverte de la lagune est proche de celle de l'eau de mer (C.E. en mai 1988 : 46 mmhos/cm) mais en période de crue on assiste à une invasion de l'eau douce. Vers l'amont la diminution progressive de la salinité est marquée par le passage à des prairies marécageuses.

 

UN MARAIS MARITIME MARQUE PAR L'ABSENCE DE GRAND TANNE

                      

De fortes oppositions caractérisent le substrat du marais maritime d'Antsena. Le sol du bord des chenaux et de la mangrove est constitué par une vase particulièrement fluide brun foncé (7,5 YR-3/2) à brun gris très foncé (10 YR-3/2) armée par les racines des palétuviers. Dans la partie interne du marais au sédiment argileux se mêle des sables grossiers d'origine colluviale. Le fond des chenaux et de la lagune est quant à lui formé de sable fin et de débris coquilliers qui piègent des quantités variables de matière organique noir foncé. Une partie de ces bancs de sable émergent à marée basse. Enfin quelques rochers de grès affleurent ici et là dans le marais. La sédimentation, très active, a colmaté une partie de la lagune depuis 1949 (date de la seule mission de photographies aériennes disponibles). Elle s'organise en bancs étroits et linéaires rapidement colonisés par les palétuviers.

 

L'examen des photographies aériennes permet de se rendre compte de l'absence de grands tannes; tout au plus peut-on en distinguer un très étroit à la limite des sables littoraux au nord. On doit mettre cette absence sur le compte d'un lessivage du sel au moment des crues aussi bien que sur de probables écoulements d'eau douce en provenance des terrains limitrophes du marais, mais cela reste à mettre en évidence.

 

Faute d'avoir visité la partie méridionale du marais (domaine des prairies marécageuses et de Raphia ruffia), nous nous contenterons de décrire la zonation des mangroves situées tout autour de la nappe d'eau libre. On doit d'abord noter à ce sujet l'abondance exceptionnelle des plantes parasites (Viscum spp.) sur les palétuviers de cette mangrove, le long des chenaux où elles font penser à la barbe espagnole des marais de Floride et sur les Ceriops où une seconde espèce se développe.

 

 UNE FORTE PREDOMINANCE DES RHIZOPHORACEES

 

La mangrove pionnière est composée soit de Sonneratia alba, soit d'Avicennia. Les Rhizophora mucronata que l'on peut distinguer parfois au bord de la nappe d'eau libre correspondent à des secteurs en recul car attaqués par la mer. Dans les secteurs stabilisés qui forment un liseré de mangrove en bordure de la lagune, on observe des mélanges de plusieurs espèces. Par contre en amont le long des chenaux prédomine Rhizophora, mais sur les lobes d'accrétion s'installent d'abord les Avicennia.

 

Derrière se développe une large zone à Rhizophora mucronata de 10 à 15 m de haut, coupée de bosquets de Bruguiera gymnorrhiza ou d'Avicennia marina. Ceux-ci se mêlent d'ailleurs souvent aux Rhizophora. Cette zone floristique est très affectée par les coupes de bois des chantiers forestiers, comme cela est déjà visible sur les photographies aériennes de 1949. Cependant une bonne régénération spontanée permet une cicatrisation rapide des clairières ouvertes par les bûcherons.  Avicennia, épargné par les coupes, se singularise donc par des dimensions en rapport avec un âge plus avancé.

 

La zone des Ceriops tagal est très développée. Les arbres ont en moyenne 5 à 6 mètres de haut et forment des peuplements très homogènes. Cette zone est moins exploitée que la précédente.

 

A la limite de la terre ferme on observe une étroite bande de palétuviers très riche en taxons : principalement Lumnitzera racemosa mais également individus isolés d'Heritiera littoralis, de Xylocarpus granatum, de Thespesia populnea ou de Sonneratia alba. La présence des premiers semble significative de sous-écoulements d'eau douce.

 

Il y a lieu enfin de signaler la richesse de la faune. Aux dires des pêcheurs, les lémuriens et les "fosa" (Cryptoprocta ferox, un Félidé endémique) fréquentent la mangrove. Nous avons pu observer les premiers. La présence de crocodiles qui s'aventurent dans les chenaux de marée pendant la période où il sont envahis par les eaux douces fluviales est à l'origine d'un accident mortel dont a été victime un ramasseur de crabes.

 

Des années 70 aux années 2000, C.A.J. Andriamalala (2007) montre que l'exploitation du bois est responsable de la dégradation, voire de la disparition complète, de 30% des 1 400 ha de mangroves les plus denses.

"Pour chaque marée montante, 15 bateaux (5 boutres et 10 bateaux à voile) environ circulent dans les eaux de Mariarano. Ces bateaux transportent surtout des bois de mangrove ou du charbon. Pour les deux marées, 5 boutres (en moyenne 700 arbres par voyage) soit 7 000 arbres abattus et 10 bateaux à voile (en moyenne 150 arbres par voyage) soit 3 000 arbres abattus. Ce qui donne en total 10 000 arbres abattus par mois."  nous dit-elle (p.93).


Références

  • Andriamalala, Clarah Arison Julie, 2007.- Etude écologique pour la gestion des mangroves à Madagascar : comparaison d'une mangrove littorale et d'estuaire à l'aide de la télédétection. Inauguraldissertation zur Erlangung der Würde eines Doktors der Philosophie, Philosophisch-Naturwissenschaftlichen Fakultät der Universität Basel, 280 p. thèse en ligne
  • Lebigre, Jean-Michel, 1990.- Les marais maritimes du Gabon et de Madagascar, contribution géographique à l'étude d'un milieu naturel tropical. Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3, thèse de doctorat d'Etat, 700 p.

MAD Mariarano-2002 GE11-2500m
La partie septentrionale de la lagune d'Antsena Image Google Earth  ( échelle : L = 10 km)

 

MAD Mariarano-2002 GE12-2500m

La partie méridiononale de la lagune d'Antsena  Image Google Earth (échelle : L = 10 km)

Le long de la Mariarano, on passe presque sans transition de la mangrove aux rizières qui ont pris la place des prairies et  forêts marécageuses.

Tag(s) : #Madagascar

Partager cet article

Repost 0