Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Extrait de du chapitre 9 : pp. 337-339  [Lebigre, J.M., 1990.- Les marais maritimes du Gabon et de Madagascar, contribution géographique à  l'étude d'un milieu naturel tropical. Université de Bordeaux 3, thèse de doctorat d'Etat, 3 livres, 194 fig., 94 ph.]

 

5. LES MARAIS MARITIMES DE LA REGION DE MOROMBE

 

            Morombe est un petit port situé immédiatement au sud du delta du Mangoky. De part et d'autre, s'étendent des marais maritimes particulièrement originaux.

 

            A. LE MARAIS MARITIME DE LA BAIE DES ASSASSINS

 

            La baie des Assassins (helodrano Fanemotra) forme une vaste échancrure en éventail, ouverte dans le littoral mikea (fig. 104). L'entrée de la baie est formée par deux goulets séparés par l'île d'Andembondonioka : le plus grand est large de 1 600 m; le plus petit en face de l'île d'Ampahampa, d'à peine 400 m. ll n'existe aucune trace de réseau hydrographique actuel ou fossile aboutissant dans cette baie bordée par des surfaces très peu élevées (2 à 14 m au dessus du niveau de la mer). On peut penser que la baie correspond à une dépression tectonique envahie par la mer lors de la dernière transgression (J.N. Salomon, 1986).

 

Fig104 Assassins

FIGURE   104 : Le marais maritime de la baie des Assassins (S.W. de Madagascar)   

 

            A l'est, dans sa plus grande longueur, le rivage, rectiligne, s'étire sur une quinzaine de kilomètres, de Befandefa au nord à Andalambezo au sud. Il  marque la limite des affleurements de calcaire miocène qui apparaissent sous les épandages de sables roux.

            Au nord comme au sud, le rivage est par contre bien découpé : des dépressions (interdunaires pour la plupart, mais on ne peut exclure que certaines d'entres elles soient de petits poljés résultant de cassures exploitées par la dissolution) aujourd'hui colmatées s'insinuent entre les étendues sablo-gréseuses formées par les grès tatsimiens au sud et les dunes jaunes karimboliennes (R. Battistini, 1960) grésifiées en surface, au nord et au S.-W.; occupées en aval par la mangrove et des tannes, ces dépressions présentent en amont une partie superficielle indurée située à environ 4 mètres au dessus du niveau actuel de la mer et criblée de petites dépressions marécageuses que J.-N. Salomon attribue non à la dissolution mais à des phénomènes de soutirage.

          Tout autour de la baie on trouve des témoignages d'anciens rivages : grès calcaires à cérithes (+1 m au dessus du niveau actuel des hautes-mers) près du village d'Antampolove, grès calcaires à bivalves  entre  Ankilimalinika  et  Befandefa  (J. Hervieu, 1968).  Une partie de ces grès de plage sert de soubassement à une mangrove sur substrat rocheux (voir plus loin).

            Le marais maritime de la baie des Assassins est d'une grande originalité par rapport à ceux que nous avons vu plus au sud.  On note d'abord l'importance  relative de sa basse-slikke : à l'exception du chenal central, la mer se retire à marée basse de l'ensemble de cette baie peu profonde autour de laquelle les mangroves ne forment qu'une ceinture discontinue. La prédominance des sables calcaires sur les vases est le second caractère majeur de ce marais : cela explique partiellement, d'une part la difficulté que la mangrove éprouve à progresser sur la basse-slikke, d'autre part l'importance du taxon Ceriops tagal en arrière de la zone à Rhizophora mucronata. Comme le montrent les photos aériennes, les Rhizophoracées sont prédominantes ici.

            Le rôle des cordons sableux dans l'établissement de la mangrove est primordial, ce qui à première vue semble surprenant dans une baie protégée des grandes houles. Mais comme on peut l'observer sur la figure 104 et comme le fait remarquer R. Battistini (1960), ces mangroves "...sont disposées à l'abri d'un système complexe de cordons littoraux. Cette disposition s'explique par le fait que la baie est malgré tout assez ouverte vers l'ouest et n'est pas protégée par le récif frangeant qui s'interrompt à cet endroit..."    et qu'il faut tenir compte d'un fetch non négligeable.

            La séquence-type que nous avons choisi à deux kilomètres au sud du village de Befandefa se présente ainsi :

1) une frange interne à Avicennia marina et Lumnitzera racemosa sur dix à vingt mètres;

2) un tanne vif dont la surface est nettement sableuse avec, ça et là, quelques touffes d'Arthrocnemum indicum, voire quelques Avicennia buissonnants;

3) un liseré d'Avicennia marina;

4) une zone bien développée de Ceriops tagal de 4 à 8 mètres de haut qui constitue une originalité par rapport aux marais précédents;

5) une zone de Rhizophora mucronata sur  deux à trois centaines de mètres de profondeur;

6) un cordon sableux étroit et submersible par marée exceptionnelle;

7) une zone frontale associant Avicennia marina et Sonneratia alba.

            Le long de chenaux presque entièrement colmatés, on observe un mélange de Rhizophora mucronata et de Sonneratia alba.

            Au niveau du village de Befandefa, la mangrove se développe sur substrat gréseux : on y observe des Avicennia marina de 3 à 4 mètres, dispersés (ce qui peut s'expliquer également par les coupes effectuées par les villageois), puis un peuplement plus dense de ce même palétuvier avec un sous-bois de Ceriops (photo 40).

 

MAD Ass JML 01

Photo 40 : Ceriops tagal sur substrat rocheux (baie des Assassins)

 

Voir aussi : La baie des Assassins à Madagascar

Tag(s) : #Madagascar

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :