Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

            Le marais maritime de Sarodrano (une centaine d'hectares de mangroves), largement ouvert sur le lagon de Tuléar, est pincé entre deux éléments de relief très différents l'un de l'autre : à l'est, un escarpement de faille évolué en falaise qui limite le plateau éocène et le promontoire de Barn Hill;  au sud et à l'ouest, une flèche sableuse ancienne, doublée par un récif frangeant qui l'isole de la baie de Saint-Augustin (fig. 91). Cette flèche subit une translation assez lente du sud vers le nord, comme le prouvent les découvertes archéologiques (restes de cuisine, perles) résultant de l'érosion de la partie méridionale de l'ensemble sableux.

 

FIGURE    91 : Le marais maritime de Sarodrano (Madagascar)

1. limite inférieurede la basse-slikke   2. récif corallien   3. mangrove à Avicennia marina   4. mangrove à Rhizophoracées   5. tanne   6. prairie d'halophytes   7. accumulations sableuses   8. escarpement 9. plateau calcaire éocène   10. résurgence

 

 MAD Sarodrano overblogJML

            De cette situation, découle l'opposition marquée entre la partie de la mangrove qui longe la falaise et celle qui borde la flèche. En effet la première est alimentée en eau faiblement saumâtre (tabl. 34) par des résurgences qui sourdent à travers les grès de plage démantelés que surplombe la falaise, tandis que la seconde, coupée des influences dulcicoles, subit des influences marines pures.

 

Tableau 34 : Analyse chimique de l'eau près de la résurgence de la Grande Source à Sarodrano (d'après H. Weiss et A. Kiener, 1971)

 

      

     K      Ca    Mg    Na         C    SO4   HCO3   pH     S %    

 -------------------------------------------------------------------------

     100  192  502   3 300  5 800  875    100      7,55   10,869   

 

     Poids des ions en mg/l

 

 

            En contrebas de la falaise, on constate la prédominance des Rhizophoracées et de Sonneratia alba qui forment la zone frontale, alors que celle des Avicenniacées, de teinte plus terne, est manifeste plus à l'ouest. En remontant vers le nord le long du lagon, la mangrove forme un ensemble linéaire que nous décrivons plus loin.

 

1. Le pied de la falaise

 

            La mangrove se développe sur une largeur maximum de 150 mètres entre la grotte Bina et la Grande Source; plus au sud elle s'élargit un peu et s'anastomose avec la mangrove de la flèche. On passe progressivement d'un substrat rocheux (zone interne) à un matériel argilo-sableux en surface et sablo-argileux en profondeur au niveau de la basse-slikke.

 

            La zonation floristique est assez nette malgré les coupes qui ont affecté cette mangrove depuis 1972, date à laquelle a été publiée l'étude d' H. Weiss :

 

- Sonneratia alba au niveau de la basse-slikke;

- Rhizophora mucronata et Bruguiera gymnorrhiza;

- Ceriops tagal;

- quelques Avicennia marina au niveau des amas rocheux.

 

                        2. Le fond de l'anse

 

            La prédominance des Rhizophoracées y est également très nette, plus particulièrement des Bruguiera gymnorrhiza qui résistent à l'ensablement. H. Weiss signalait la présence de quelques Xylocarpus : ceux-ci ont aujourd'hui disparu.

 

 MAD Sarodrano JML1989 14X

Photo : Une mangrove dégradée par les coupes au pied de l'escarpement


                        3. La bordure de la flèche sableuse

 

            Le tracé de ce secteur est perturbé par l'existence de plusieurs lambeaux de rides sableuses mais cela n'affecte pas la remarquable homogénéité de la mangrove : les Avicennia prédominent mais laissent la place aux Ceriops dans le sous-bois ou en bordure interne. C'est vers l'extrémité de la flèche, que nous avons découvert quelques uns des plus beaux Avicennia de la Grande Ile, dispersés sur la basse-slikke.

 

            D'un point de vue granulométrique, les sédiments sont fortement sableux : seulement 9,5 % d'argiles et de limons en surface et 14,4 % en dessous de 30 cm. Comme par ailleurs la salinité de la nappe est proche de celle de l'eau de mer (C.E. sous Avicennia : 48 mmhos/cm - mesure effectuée le 27.04.88), cette prédominance des Avicennia et des Ceriops est parfaitement logique. L'existence de tannes dans les petites lagunes interdunaires de la flèche de Sarodrano n'est pas liée à la salinité (C.E. de la nappe : 49 mmhos/cm) mais à l'accumulation de sable au dessus du niveau argileux.

 

Extrait du livre 2  [Lebigre, J.M., 1990.- Les marais maritimes du Gabon et de Madagascar, contribution géographique à  l'étude d'un milieu naturel tropical. Université de Bordeaux 3, thèse de doctorat d'Etat, 3 livres, 194 fig., 94 ph.] 

Tag(s) : #Madagascar

Partager cet article

Repost 0