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Seule, une partie des marais à mangroves du monde est touchée par les cyclones tropicaux : Golfe du Mexique et Floride, Bermudes, Antilles, Amérique centrale, Madagascar, Mascareignes, Mozambique, littoral oriental de l'Inde, Asie du Sud-Est à l'exception de l'Insulinde et de la péninsule malaise, Chine, Sud du Japon, Queensland, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie, Fidji pour l'essentiel.

Nous laisserons de côté les conséquences des violentes précipitations qui sont , sauf exception, une des principales caractéristiques des cyclones tropicaux pour nous focaliser sur les conséquences des vents. Ceux-ci sont les manifestations les plus violentes des cyclones quoique ce ne soient pas les seules : d'énormes abats d'eau et des ondes de tempêtes redoutables (André Guilcher, 1981) balaient souvent au même moment les littoraux. Plus destructeurs sont les effets indirects du vent par l'intermédiaire des vagues. Cumulées, les conséquences de ces cataclysmes sur les marais maritimes sont quelquefois spectaculaires.

 

L'exemple de Madagascar

 Madagascar, de par sa situation dans la partie occidentale de l'Océan Indien et à cheval sur le tropique du Capricorne est fréquemment touché par des typhons (Cf. la chronique annuelle de G. Donque dans Madagascar Revue de Géographie : "La saison cyclonique"). De 1921 à 1972, Madagascar a été frappé 148 fois par des cyclones (G. Donque, 1975). Les côtes E et N.-E. sont les plus exposées, et dans une moindre mesure le littoral N.-W.; par contre les côtes S.W. de la Grande Ile ne subissent que des dépressions provenant du N.W. du Canal de Mozambique ou des cyclones dégénérés ayant traversé l'île de part en part. Ainsi Angèle qui toucha le Sud malgache entre le 26 et le 29 décembre 1978, provoqua de gros abats d'eau sur le massif de l'Analavelona dans l'arrière-pays de Tuléar et une meurtrière crue du Fiherenana, sans causer de dégâts directs sur le littoral. La saison de prédilection de ces cataclysmes se situe pendant l'été austral mais on peut parfois voir de fortes dépressions de saison fraîche comme Aline, le 21 et 22 août 1969.

 Les conséquences du vent sur les marais maritimes sont fort variables. Nous avons visité les mangroves de la Bombetoka après le passage du cyclone Kamisy d'avril 1984. Pour les météorologues celui-ci avait une intensité T3, avec des rafales de 250 km/h observées à Majunga. Pourtant les dommages sur la végétation semblent avoir été très limités : défoliation partielle, étêtage de rares grands palétuviers. En fait les peuplements d'Avicennia marina paraissent avoir bien mieux résisté au vent que les grands arbres de la ville de Majunga. Mais cet exemple ne permet pas de généraliser.

 

Les exemples du Queensland et de la Floride

A.P. Spenceley (1976) fait une distinction entre palétuviers. Au Nord Queensland, où les cyclones sont fréquents (Paling, 2008), seul Rhizophora serait gravement affecté par l'action du vent. Ceriops et Avicennia ne subiraient que des dommages minimes :

 "...Rhizophora species appear to be highly susceptible to wind damage whilst other mangrove species appear to be more resistant, as illustrated on the north Queensland coast in December 1972 when Cyclone Althea caused the wholesale destruction of the Rhizophora trees but left the other mangrove species relatively undamaged..."

 Il faut sans doute distinguer l'action des cyclones en fonction de leur intensité comme le fait remarquer A. Carr (1985) à propos des Everglades. La mangrove est sans doute le meilleur rempart contre l'érosion des littoraux par les cyclones.

"...La mangrove joue un rôle essentiel dans les estuaires de la Floride méridionale en les protégeant de la fureur des cyclones. C'est de tous les organismes vivants, celui qui résiste le mieux aux vents qui bouleversent la topographie des lieux et lancent la mer à l'assaut de la terre ferme..."

L'auteur note par ailleurs que la mangrove a sauvé la vie à de nombreux Conches -  les habitants des cayes - qui s'y réfugiaient avec leur bateau pendant la durée du cataclysme.

 ...mais elle ne résiste pas aux plus violents d'entre eux :

 "...Un des plus violents cyclones qui aient eu lieu pendant les cent dernières années, celui de 1960 (Donna), a détruit de 50 à 75 % des belles mangroves de la Shark River, qui comptaient à cette époque parmi les plus hautes du monde..."


D'autres exemples

On a une bonne connaissance des conséquences des cyclones tropicaux sur les mangroves des Antilles à travers l'exemple d'Hugo à la Guadeloupe (Pagney Benito-Espinal, 1991) et du Honduras après Mitch. On a pu assister là à une destruction massive de la mangrove (Cahoon, 2003). F. Blasco (1984), quant à lui  cite des cas de destructions spectaculaires dans le delta de la Cauvery (Inde) en novembre 1953 et en Floride en 1926, 1929 et 1935.

 

Références

BLASCO, F., 1984.- Climatic factors and the biology of mangrove plants. In : The mangrove ecosystem research methods, UNESCO, 18-35.

CAHOON, D.R., HENSEL, Ph. et al., 2003.- Mass tree mortality leads to mangrove peat collapse at Bay Islands, Honduras after Hurricane Mitch. Journal of Ecology (ISSN 0022-0477), vol. 91, 6 : 1093-1105.

CARR, A., 1985.- Les marais de Floride. Amsterdam, Time-life, Les grandes étendues sauvages, 184 p.

DONQUE G., 1975.- Contribution géographique à l'étude du climat de Madagascar. Tananarive, thèse de doctorat d'Etat, 478 p.

GUILCHER, A., 1981.- Shoreline changes in coastal salt marshes and mangroves swamps (mangals) within the past century. In : Coastal dynamics and scientific sites, Tokyo, Bird an Koiko Ed., 31-53.

LEBIGRE, J.M., 1990.- Les marais maritimes du Gabon et de Madagascar, contribution géographique à l'étude d'un milieu naturel tropical. Université de Bordeaux 3, thèse de doctorat d'Etat, 3 livres, 194 fig., 94 ph.

LEBIGRE, J.-M., PORTILLO, P. & THOMPSON, W., 2003.- Quel avenir pour les mangroves de l'archipel de la Bahía (Honduras) ? In : Hequette, A. (resp. sc.) : Actes du Colloque « Espace littoraux en mutation » Commission de Géographie de la Mer et des Littoraux - Dunkerque (1e, 2 et 3 juin 2000), Université du Littoral, Côte d'Opale, 63-71.

PAGNEY BENITO-ESPINAL, F. & BENITO-ESPINAL, E., 1991.- L'ouragan Hugo - Genèse, incidences géographiques et écologiques sur la Guadeloupe. Pointe-à-Pitre, Parc National de la Guadeloupe et DRAC, 208 p.

PALING E.I., KOBRYN H.T., HUMPHREYS, G., 2008.- Assessing the extent of mangrove change caused by Cyclone Vance in the eastern Exmouth Gulf, northwestern Australia. Estuarine, coastal and shelf science (ISSN 0272-7714), vol. 77, n4, 603-613.

SPENCELEY, A.P., 1976.- Unvegetated saline tidal flats in North Queensland. Singapore Journal of Tropical Geography, 42: 78-85.

 

Foué Erica 01

Rhizophora stylosa défeuillés à Foué (Nouvelle-Calédonie) deux jours après le passage du cyclone Erica. Exposés à ce type de cataclysme, ces arbres "couverts de cicatrices" montrent leur résilience.

 

HON_JML_Guanaja_06.jpg

Les mangroves de Guanaja (Honduras), deux ans après le passage de Mitch

 

Tag(s) : #Sujets de réflexion

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